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Des extrêmes

6 septembre 2009

C’est un axiome bien connu : il ne faut pas employer le vocabulaire des adversaires. Or, s’il est bien un terme qui les sert, c’est celui d’extrême. Que l’on considère des positions globales sur l’échiquier politique (extrême droite, extrême gauche), ou des prises de positions particulières, sur tel ou tel sujet ; le terme extrême est absolument stérile.

Désigner des convictions politiques comme extrêmes, c’est renvoyer implicitement à une pondération de la social-démocratie (PS, Vert, Modem, UMP, PC…). Or, le PS ou l’UMP sont les forces politiques qui « gèrent » le système, le maintienne et le reproduise. Ce même système qui nous conduit droit dans le mur sur le plan environnemental (notamment). Ainsi, du point de vue écologique, le maintien du système actuel pourrait être considéré, selon la coutume en vigueur, comme extrême… On voit que l’idée d’extrême est fluctuante. Elle ne fait qu’exprimer une position : en fonction du point de vue adopté, la notion d’extrémisme se déplace !

En outre, le terme extrême permet de renvoyer dans les cordes des positions politiques, sans parler de politique. Si certaines positions considérées comme extrêmes sont effectivement condamnables, cette condamnation doit s’opérer par le discours et l’argumentation. Il faut démontrer que les positions adverses sont inconséquentes, et non brandir des mots épouvantails. Des mots épouvantails comme extrémisme, ayatollah vert, fondamentaliste, terroriste, etc. Mots qui font davantage appel à la répétition qu’à l’explication, à l’émotion qu’à la raison.

C’est pourquoi, même les gens trouvant dans l’auto-appellation d’extrême gauche une fin en soi, brandissant ce terme comme une bannière de vérité, ne font en réalité que servir les conservateurs sociaux-démocrates. Dans le terme même qui les désigne, ils impliquent que « les autres » sont pondérés et raisonnables.

Ainsi, pour aller plus loin, Raoul Vaneigem nous rappelle que le terme même de décroissance est encore trop déterminé par ce qu’il condamne : l’économie libérale mondialisée. « Il n’y a pas d’hérésie sans orthodoxie. Le dogme prête son sens aux déviances et les définit par rapport à lui. Le danger de la théorie de la décroissance, c’est qu’elle implique une relation privilégiée avec l’économie alors que l’instauration d’une société véritablement humaine postule la fin de l’économie comme forme d’organisation dominante ; je veux dire la fin d’une économie fondée sur l’exploitation de la nature et de l’homme, et le dépassement d’une économie axée sur un nouveau contrat avec la nature, source d’énergies gratuites et inépuisables » Raoul Vaneigem, La Décroissance, Juin 2009, p.5.

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