De l’usine

18 mai 2009

Une société qui fabrique des voitures ou des fromages la nuit est à l’agonie.

La sagesse populaire se trompe quand elle dit qu’ « il n’y a pas de sous métiers ». Il en existe par milliers… Des ingénieurs qui gaspillent leur intelligence dans des gadgets débiles autant qu’inutiles ; aux ouvriers qui s’abîment dans les usines, gaspillant leur santé et leur intelligence. Mais s’il existe bien des sous emplois par millier, il n’existe pas de sous humains.

Le travail à l’usine est pénible, stupide, aliénant… Il est pénible par le rythme des 3/8 et des chaînes. Il est stupide car n’en sort que de la merde et ne peut procurer aucune satisfaction aux travailleurs (si ce n’est la nécessité du salaire). Il est aliénant car il exproprie les « consommateurs » du goût ; et les producteurs d’un savoir faire traditionnel. Mieux vaut 100 fromageries artisanales qu’une usine de transformation de lait.

La schizophrénie ouvrière frappe de toutes ses forces : travailler dans des conditions déplorables pour fabriquer de la bouffe dégueulasse… et aller encore et toujours au supermarché pour acheter ce que d’autres ont produit dans les mêmes conditions (voire pire !). Vouloir toujours le moins cher et faire peser encore plus fort des pressions sur la « masse salariale ».

Chaque produit est la marque de l’expropriation par la marchandise du savoir faire populaire. Être incapable de ne plus rien faire, ne plus échanger, ne plus partager. Qui a déjà offert des produits de supermarché en revenant des courses ? Tandis que nous sommes heureux d’offrir à nos proches des courgettes que nous avons en trop dans notre potager !

Tout ce que produit les usines est formaté, conditionné, traité plus ou moins chimiquement… Nous baignons dans un bain de produits chimiques, du berceau au cercueil. Nos fruits ne pourrissent plus, traités, ionisés… prêts à être transportés sur des milliers de kilomètres ; et parés pour les étales de supermarchés… ne « manque » que le goût… des cerises en hiver.

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L’existentialisme est un écologisme !

13 mai 2009

Trois éléments de réflexion du célèbre philosophe Jean-Paul Sartre, extrait de son ouvrage L’existentialisme est un humanisme. Il s’agit, pour Sartre, de « fonder » l’action et la responsabilité de l’humain sans Dieu n’y autre forme de métaphysique. Sartre défend dans son ouvrage l’existentialisme, mais ce noyau de responsabilité conserve toute sa pertinence pour une réflexion écologique : 1) L’humain est ce qu’il fait. 2) Cette action engage l’individu et l’humanité dans son ensemble. 3) Universalisation et responsabilité sont angoisse sinon mauvaise foi.

[…] « Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme ». (p.29-30)

[…] « Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. […] Il n’est pas un de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne créé en même temps une image de l’homme tels que nous estimons qu’il doit être. Choisir d’être ceci ou cela, c’est affirmer la valeur de ce que nous choisissons, car nous ne pouvons jamais choisir le mal ; ce que nous choisissons, c’est toujours le bien, et rien ne peut-être bon pour nous sans l’être pour tous ». [p.31-32]

[…] « L’existentialisme déclare volontiers que l’homme est angoisse. Cela signifie ceci : l’homme qui s’engage et qui se rend compte qu’il est non seulement celui qu’il choisit d’être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soit l’humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux ; mais nous prétendons qu’ils se masquent leur angoisse, qu’ils la fuient ; certainement, beaucoup de gens croient en agissant n’engager qu’eux-mêmes, et lorsqu’on leur dit : mais si tout le monde faisait comme ça ? ils haussent les épaules et répondent : tout le monde ne fait pas comme ça. Mais en vérité, on doit toujours se demander : qu’arriverait-il si tout le monde en faisait autant ? et on échappe à cette pensée inquiétante que par une sorte de mauvaise foi ». (p.33-34)

Miguel Benasayag, Tarnac et l’anti-terrorisme

7 mai 2009

Vingt minutes avec Miguel Benasayag (wikipédia)… Voilà ce que je vous propose. Ce n’est pas grand chose compte tenu du temps moyen des français passé devant la télévision !

J’ai trouvé cette vidéo sur le site de Soutien aux inculpés du 11 Novembre : ici

Petite présentation (venant de Périphéries) de l’auteur   :

« Philosophe et psychanalyste, Miguel Benasayag est aussi un ancien combattant de la guérilla guévariste en Argentine, où il a passé plusieurs années en prison. Depuis son arrivée en France, à sa libération, il réfléchit inlassablement aux moyens de rester fidèle à l’exigence de liberté et de solidarité des luttes révolutionnaires passées, tout en tirant les enseignements de leurs échecs et de leurs errements. Dans Du contre-pouvoir, co-écrit avec Diego Sztulwark, il observe l’émergence d’une nouvelle radicalité désireuse de changer la vie. Et clame que, si on veut préserver la vitalité de ces mouvements, il ne faut surtout pas ressortir du placard les vieux schémas révolutionnaires… C’est à la révolution dans la révolution, à la puissance contre le pouvoir, au savoir contre l’information, que Miguel Benasayag nous invite : il ne faut pas, écrit-il, se préparer à prendre le pouvoir, attendre de grands soirs en obéissant à des « maîtres libérateurs » ; il faut, dans l’immédiat et sans attendre de lendemains qui chantent, chercher tout à la fois la puissance et la connaissance. […] « La résistance alternative sera puissante dans la mesure où elle abandonnera le piège de l’attente », lit-on dans le « Manifeste du réseau de résistance alternative » lancé par son collectif « Malgré Tout » »

Retrouvez la vidéo sur Dailymotion :

Miguel Benasayag, Tarnac et l’anti-terrorisme
envoyé par luismiguel2000Up-to-the minute news videos.

Les rurbains contre la nature

6 mai 2009

Détruire la biosphère par amour du paysage

Voici un extrait du texte que l’on trouve sur le site du Monde diplomatique. Ce texte est très intéressant car il souligne la contradiction entre l’envie de « nature » et la volonté d’y cumuler les avantages du citadin. Cette contradiction écologique est rendue possible avec les moyens techniques : la voiture et internet. La volonté de tout posséder à la fois se fait au détriment de la planète, bien qu’elle se revendique d’une plus grande proximité avec la Nature ! Je mets ici ce que l’auteur, à savoir Augustin Berque, appel « La parabole du livreur de toffu« .


« Prenez une ville traditionnelle, bien compacte, avant la diffusion de l’automobile. Cent habitants y vont à pied acheter leur tofu au coin de la rue. Maintenant, prenez l’urbain diffus. Ces cent habitants y vivent chacun dans sa maison individuelle, isolée au bout d’une petite route au fond du paysage ; et chacun commande son tofu sur Internet. Il faut donc maintenant cent livraisons motorisées pour acheminer ces cent tofus au bout de ces cent routes. Quel est le plus écologique, la ville compacte ou l’urbain diffus ? »

Retrouver
ici l’ensemble du texte.

Notons qu’il est possible de faire un paralèlle avec les voyages touristiques dit « vert ». Si nous prenons l’avions pour faire de la randonnée à l’autre bout de la planète, c’est au nom d’une plus grande proximité avec la nature que nous la détruisons davantage. Tant que nous voudrons tout et tout de suite, nous ne sortirons jamais de ces contradictions et c’est chaque fois la planète qui trinque. Que ceux qui vante ces merveilleux paysages en profitent, car nos enfants et petits enfants ne pourrons plus en jouire… Nous sortirons des problèmes écologiques que posent notre mode de vie, non pas en consommant de la nature, mais en adoptant un mode de vie conséquant, où la limite sera acceptée comme le respect des autres, plutôt que comme une « privation de liberté » !

Paul Ariès : entretien vidéo

6 mai 2009

Entrevue du politologue Paul Aries par le maire de Grigny René Balme, à l’occasion du lancement du journal Le « Sarkophage : contre tous les sarkozysmes », ce 14 juillet 2007 par Paul Aries.

Retrouvez la vidéo ici

Interview qui garde, deux ans après l’élections du Tsar’Kozy, toute son actualité.

Contre le bonheur normalisé

29 avril 2009
Le texte suivant a été écrit par François Brune, il est extrait du livre De l’idéologie, aujourd’hui (p.187-188) paru chez Parangon en 2004.

Pour une société de frugalité : quelques lignes de posistion

 » Réapprendre  la gratuité des échanges. Être sceptique devant toute promesse de bonheur qui puisse venir d’autre chose que du Sens (ce « sens » pouvant être, devant les dons quotidiens de la nature, dans la sagesse de la saveur). Accepter enfin les manques inévitables sans les vivres  comme des frustrations intolérables. Car la frugalité à l’échelon planétaire obligera au grand partage, et si l’Occident cesse d’externaliser le labeur et la peine, il faudra bien qu’il reprenne sa part : nous seront alors conduits à retrouver un savoir vivre collectif de la privation (équitablement répartie, évidemment !), sachant que toute peine peut-être joyeuse quand elle est solidaire.


[…] Fondamentalement, c’est à une reconquête du temps personnel que nous sommes confrontés. Un temps qualitatif. Un temps qui cultive la lenteur et la contemplation, en étant libéré de la pensée du produit (dans Le Meilleur des Mondes, on n’a le droit de s’adonner qu’aux loisirs qui font consommer). Vivre un temps qui ait du sens sans l’argent, des parcours qui aient du sens sans carburants, et des loisirs qui chantent sans les trépidations de l’envie. Savoir être inutile, pour rester disponible à tout ce qui n’est pas utilitaire. Et ainsi, retrouver l’art de  » cueillir le temps présent  » (Carpe diem) en l’ouvrant à toutes les dimensions (personnelles, collectives, esthétiques, spirituelles) d’une existence humaine, et non sur le mode tragique de la dévoration suicidaire.

Et cela implique naturellement un enracinement culturel profond, qui recueille et revivifie nos valeurs en voie d’oubli « .

A bas les gens qui bossent !

23 avril 2009

A bas les gens qui bossent !

Une petite chanson de Didier Super, chanteur iconoclaste s’il en est.

Réflexion sur le travail !

Retrouvez la chanson : A bas les gens qui bossent !

Retrouvez ici le site officiel de Didier Super.

Paroles :

 » En fait la prochaine chanson, on… on a essayé d’faire un… un vrai tube de merde pour les grosses radios à la con.

Qui c’est qui s’lève tôt le matin et qu’empêche les autres de dormir?
Les gens qui bossent.
Et qui c’est qui se gêne pas pour gueuler quand j’fais des boums?
Les gens qui bossent.
Ils s’occuperaient d’leurs enfants y’aurait d’jà moins de délinquants,
Les gens qui bossent.
Ils exploitent la planète, et puis tant pis si ça pète,
Les gens qui bossent.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, c’est que d’la racaille.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, faut les nettoyer au Karsher.

À cause de qui y’a que l’dimanche qu’y’a des bons trucs à la télé?
Les gens qui bossent.
Qui c’est qui s’dit vivement la retraite mais qui la touchera sûrement jamais?
Les gens qui bossent.
Qui c’est qu’en a marre de payer des allocs aux immigrés?
Les gens qui bossent.
Et surtout à cause de qui y’a pas d’boulot aujourd’hui?
Les gens qui bossent.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, ils sont égoïstes.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, heureusement y’en a de moins en moins.

Ils ont plus peur de dire tout haut que les chômeurs ils sont feignants,
Mais qu’est-ce qu’ils sont contents de pas être à leur place.
Et puis tous les matins, ils prennent tous leur bagnole,
Et du coup à cause d’eux, y’a la guerre en Irak.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, ils ont vraiment rien d’autre à foutre.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, franchement y’a pas d’quoi la ramener.

Y’a combien là?
Oh putain les mecs, eh, on a fait deux minutes quinze, et l’format c’est deux trente deux quarante, eh, faut qu’on y r’tourne là, ok? Allez, trois, quatre!

Hooohooo, à bas les gens qui bossent!
Hooohooo, ils sont pas épanouis!
Hooohooo, eh allez on s’lâche!
Hooohooo, ils sont pires que les nazis!

Hooohooo, à bas les gens qui bossent!
Hooohooo, eh, ils sont pires que les nazis, c’est des Américains!
Hooo… Stop! Stop!

Eh, putain eh, stop! Deux minutes cinquante-deux, les mecs. On s’est amusés deux secondes de trop. Putain eh, ils ont intérêt à nous les payer les fils de… « 

Comment les riches détruisent le monde

23 avril 2009

Voici en lien un article du Monde Diplomatique, par Hervé Kempf (Journaliste, auteur de Comment les riches détruisent la planète, Seuil, Paris, 2007).

Ce bon texte a pour mérite, entre autre, d’aller contre le lieu commun si souvent répendu : « vouloir la décroissance c’est vouloir que les pauvres deviennent plus pauvre ! »

extrait : « Qui va réduire sa consommation matérielle ? On estime que 20 à 30 % de la population mondiale consomme 70 à 80 % des ressources tirées chaque année de la biosphère. C’est donc de ces 20 à 30 % que le changement doit venir, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des peuples d’Amérique du nord, d’Europe et du Japon. Au sein de ces sociétés surdéveloppées, ce n’est pas aux pauvres, aux RMIstes, aux salariés modestes que l’on va proposer de réduire la consommation matérielle. Mais ce n’est pas non plus seulement les hyper-riches qui doivent opérer cette réduction : car même si Mr. Sarkozy, Vincent Bolloré, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Jacques Attali et leur cortège d’oligarques se passent de limousines avec chauffeurs, de montres clinquantes, de shopping en 4 x 4 à Saint-Tropez, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffisamment l’impact écologique collectif. C’est à l’ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la consommation matérielle ».

Pour retrouver l’intégralité de l’article, cliquer ici

Ecologica

23 avril 2009
Voici un texte d’André Gorz extrait de Ecologica (éditions Galilée, 2008) qui aborde la question du rapport entre critique du capitalisme et écologie politique. A. Gorz nous explique comment il est venu à l’écologie politique, dans ce qu’elle a de plus radicale, c’est-à-dire l’écologie politique prise à sa racine.« Que nous soyons dominés dans notre travail, c’est une évidence depuis cent soixante-dix ans. Mais non que nous sommes dominés dans nos besoins et nos désirs, nos pensées et l’image que nous avons de nous-mêmes. […]. C’est par lui, par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre […].
En partant de la critique du capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie politique est une dimenssion essentielle. Si tu pars, en revanche, de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste. L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastation de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Je tiens donc que la critique des techniques dans lesquelles la domination sur les hommes et sur la nature s’incarne est une des dimensions essentielles d’une éthique de la libération. » (André Gorz, Ecologica, Galilé, Paris, 2008, p. 13-14-15).

Ce texte aborde selon nous plusieurs thèmes essentiels :

1) Il replace l’exigence d’émancipation au coeur  du discours de gauche (quid du P.S, P.C, des Verts ???).  En effet, une des dimensions fondamentales de ce qu’on appelle la gauche, est (sensée être) l’émancipation de l’individu et du monde social. Or, force est de constater que les partis, dans leur grande majorité, ne parlent plus d’émancipation, mais de pouvoir d’achat…

2) Il montre que l’écologie politique ne peut-être le capitalisme repeint en vert : tourisme équitable, voiture propres, développement durable, entreprises vertes, Nicola Hulot, etc. Car, si on limite la pollution ou la dépense d’énergie, la question de la domination des individus dans leurs désirs, leurs besoins ou l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ne disparaissent en rien avec le développement durable ou la voiture « propre ». Ce sont les mêmes désirs, les mêmes besoins un peu transformés « revendus ». « Green is green »… C’est-à-dire que la mode écolo (vert) c’est de l’argent (le dollar est vert).

3) Le texte indique également que se revendiquer de l’écologie, même radicale, peut conduire à des impasses : écofascisme, pétainsime vert, survivalistes. Au-delà des dérives mercantiles, de la capacité du système à digérer la critique, il ne suffit pas d’être écolo pour être du « bon côté »… si tant est que l’on se batte pour des valeurs humanistes et partageuses.

Raoul Vaneigem

23 avril 2009

 » Je tiens pour contraire à la volonté d’autonomie individuelle le sentiment, nécessairement désespéré, d’être en proie à une conjuration universelle de circonstances hostiles. Le négatif est l’alibi d’une résignation à n’être jamais soi, à ne saisir jamais sa propre richesse de vie.

J’ai préféré fonder sur les désirs une lucidité qui, éclairant chaque instant le combat du vivant contre la mort, révoque le plus sûrement la logique de dépérissement de la marchandise […].

Le fléchissement d’un profit tiré de l’exploitation et de la destruction de la nature à déterminé, à la fin du XXe siècle, le développement d’un néo-capitalisme écologique et de nouveaux mode de production. La rentabilité du vivant ne mise plus sur son épuisement mais sur sa reconstruction. La conscience de la vie à créer progresse parce que le sens des choses y contribue. Jamais les désirs, rendus à leur enfance, n’ont disposé en chacun d’une telle puissance de briser ce qui les inverse, les nie, les réifie en objets marchands.

Il arrive aujourd’hui ce qu’aucune imagination n’avait osé soutenir : le processus d’alchimie individuelle n’aboutit à rien de moins qu’à la transmutation de l’histoire inhumaine en réalisation de l’humain. « 

Raoul Vaneigem, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, Gallimard, Paris, 1992, Préface à la seconde édition, p.17-18.