Archive for the ‘Travail’ Category

« Qu’un tel travail constitue la meilleure des polices… »

28 mars 2010
[espace]
« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume un extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d’« individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l’individuum« .


NIETZSCHE

Aurore, §. 173, éd. Gallimard, coll. « Idées ».

Publicités

De l’usine

18 mai 2009

Une société qui fabrique des voitures ou des fromages la nuit est à l’agonie.

La sagesse populaire se trompe quand elle dit qu’ « il n’y a pas de sous métiers ». Il en existe par milliers… Des ingénieurs qui gaspillent leur intelligence dans des gadgets débiles autant qu’inutiles ; aux ouvriers qui s’abîment dans les usines, gaspillant leur santé et leur intelligence. Mais s’il existe bien des sous emplois par millier, il n’existe pas de sous humains.

Le travail à l’usine est pénible, stupide, aliénant… Il est pénible par le rythme des 3/8 et des chaînes. Il est stupide car n’en sort que de la merde et ne peut procurer aucune satisfaction aux travailleurs (si ce n’est la nécessité du salaire). Il est aliénant car il exproprie les « consommateurs » du goût ; et les producteurs d’un savoir faire traditionnel. Mieux vaut 100 fromageries artisanales qu’une usine de transformation de lait.

La schizophrénie ouvrière frappe de toutes ses forces : travailler dans des conditions déplorables pour fabriquer de la bouffe dégueulasse… et aller encore et toujours au supermarché pour acheter ce que d’autres ont produit dans les mêmes conditions (voire pire !). Vouloir toujours le moins cher et faire peser encore plus fort des pressions sur la « masse salariale ».

Chaque produit est la marque de l’expropriation par la marchandise du savoir faire populaire. Être incapable de ne plus rien faire, ne plus échanger, ne plus partager. Qui a déjà offert des produits de supermarché en revenant des courses ? Tandis que nous sommes heureux d’offrir à nos proches des courgettes que nous avons en trop dans notre potager !

Tout ce que produit les usines est formaté, conditionné, traité plus ou moins chimiquement… Nous baignons dans un bain de produits chimiques, du berceau au cercueil. Nos fruits ne pourrissent plus, traités, ionisés… prêts à être transportés sur des milliers de kilomètres ; et parés pour les étales de supermarchés… ne « manque » que le goût… des cerises en hiver.

A bas les gens qui bossent !

23 avril 2009

A bas les gens qui bossent !

Une petite chanson de Didier Super, chanteur iconoclaste s’il en est.

Réflexion sur le travail !

Retrouvez la chanson : A bas les gens qui bossent !

Retrouvez ici le site officiel de Didier Super.

Paroles :

 » En fait la prochaine chanson, on… on a essayé d’faire un… un vrai tube de merde pour les grosses radios à la con.

Qui c’est qui s’lève tôt le matin et qu’empêche les autres de dormir?
Les gens qui bossent.
Et qui c’est qui se gêne pas pour gueuler quand j’fais des boums?
Les gens qui bossent.
Ils s’occuperaient d’leurs enfants y’aurait d’jà moins de délinquants,
Les gens qui bossent.
Ils exploitent la planète, et puis tant pis si ça pète,
Les gens qui bossent.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, c’est que d’la racaille.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, faut les nettoyer au Karsher.

À cause de qui y’a que l’dimanche qu’y’a des bons trucs à la télé?
Les gens qui bossent.
Qui c’est qui s’dit vivement la retraite mais qui la touchera sûrement jamais?
Les gens qui bossent.
Qui c’est qu’en a marre de payer des allocs aux immigrés?
Les gens qui bossent.
Et surtout à cause de qui y’a pas d’boulot aujourd’hui?
Les gens qui bossent.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, ils sont égoïstes.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, heureusement y’en a de moins en moins.

Ils ont plus peur de dire tout haut que les chômeurs ils sont feignants,
Mais qu’est-ce qu’ils sont contents de pas être à leur place.
Et puis tous les matins, ils prennent tous leur bagnole,
Et du coup à cause d’eux, y’a la guerre en Irak.

Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, ils ont vraiment rien d’autre à foutre.
Hooohooo, à bas les gens qui bossent.
Hooohooo, franchement y’a pas d’quoi la ramener.

Y’a combien là?
Oh putain les mecs, eh, on a fait deux minutes quinze, et l’format c’est deux trente deux quarante, eh, faut qu’on y r’tourne là, ok? Allez, trois, quatre!

Hooohooo, à bas les gens qui bossent!
Hooohooo, ils sont pas épanouis!
Hooohooo, eh allez on s’lâche!
Hooohooo, ils sont pires que les nazis!

Hooohooo, à bas les gens qui bossent!
Hooohooo, eh, ils sont pires que les nazis, c’est des Américains!
Hooo… Stop! Stop!

Eh, putain eh, stop! Deux minutes cinquante-deux, les mecs. On s’est amusés deux secondes de trop. Putain eh, ils ont intérêt à nous les payer les fils de… « 

L’insurrection qui vient

20 avril 2009

Voici un extrait du livre l’insurrection qui vient, écrit par Le comité invisible. (La fabrique éditions, 2007. Paris, p. 35-37)

« Se produire soi-même est en passe de devenir l’occupation dominante d’une société où la production est devenue sans objet […]. De là le spectacle de tous ces jeunes gens qui s’entraînent à sourire pour leur entretient d’embauche, qui se font blanchir les dents pour un meilleur avancement, qui vont en boîte de nuit pour stimuler l’esprit d’équipe, qui apprennent l’anglais pour booster leur carrière, qui divorcent ou se marient pour rebondir, qui font des stages de théâtre pour devenir des leaders ou de « développement personnel » pour mieux gérer les conflits personnels » – « le « développement personnel » le plus intime, prétend un quelconque gourou, mènera à une meilleur stabilité émotionnelle, à une ouverture relationnelle plus apaisée, à une acuité intellectuelle mieux dirigée, et donc à une meilleur performance économique ». Le grouillement de tout ce petit monde qui attend avec impatience d’être sélectionné en s’entraînant à être naturel relève d’une tentative de sauvetage de l’ordre du travail par une éthique de la mobilisation. Être mobilisé, c’est se rapporter au travail non comme activité, mais comme possibilité. Si le chômeur qui s’enlève ses piercings, va chez le coiffeur et fait des « projets » travaille bel et bien « à son employabilité », comme on dit, c’est qu’il témoigne par-là de sa mobilisation. La mobilisation, c’est ce léger décollement par rapport à soi, ce minime arrachement à ce qui nous constitue, cette condition d’étrangeté à partir de quoi le Moi peut-être pris comme objet de travail, à partir de quoi il devient possible de se vendre soi et non sa force de travail, de se faire rémunérer non pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on est, pour notre exquise maîtrise des codes sociaux, nos talents relationnels, notre sourire ou notre façon de présenter. C’est la nouvelle norme de socialisation. […] Il s’agit, que l’on travail ou non, d’accumuler les contacts, les compétences, le « réseau », bref : le « capital humain ».

[…] L’appareil de production présente donc, d’un côté, cette gigantesque machine à mobiliser psychiquement et physiquement, à pomper l’énergie des humains devenus excédentaires, de l’autre il est cette machine à trier qui alloue la survie aux subjectivités conformes et laisse choir tous les « individus à risque », tous ceux qui incarnent un autre emploi de la vie et, par-là, lui résistent. D’un côté, on fait vivre les spectres, de l’autre on laisse mourir les vivants. Telle est la fonction proprement politique de l’appareil de production présent.

S’organiser par-delà et contre le travail, déserter collectivement le régime de la mobilisation, manifester l’existence d’une vitalité et d’une discipline dans la démobilisation même est un crime qu’une civilisation aux abois n’est pas près de nous pardonner ; c’est en effet la seule façon de lui survivre. »


L’insurrection qui vient, Comité invisible, La Fabrique éditions.