Archive for the ‘Décolonisation mentale’ Category

Eloge de l’oisiveté

30 juin 2010

Voici deux extraits de texte qui proviennent d’un petit ouvrage de Bertrand Russel, « Éloge de l’oisiveté« . (Disponible aux éditions Allia). Ce texte paru en 1932 est riche d’enseignement et souligne avec force que l’emprise de la consommation et de la production n’ont cessé de croître au sein du monde social.


« Supposons qu’à un moment donné, un certains nombre de gens travaillent à fabriquer des épingles. Ils fabriquent autant d’épingles qu’il en faut dans le monde entier, en travaillant, disons, huit heures par jour. Quelqu’un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d’épingles qu’auparavant. Bien, mais le monde n’a pas besoin de deux fois plus d’épingles : les épingles sont déja si bon marché qu’on en achètera quère d’avantage même si elles coûtes moins cher. Dans un monde raisonnable, tous ceux qui sont employés dans cette industrie se mettraient à travailler quatre heures par jour plutôt que huit, et tout irait comme avant. Mais dans le monde réel, on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs. Les gens continuent donc à travailler huit heures par jour, il y a trop d’épingles, des employeurs font faillite, et la moitié des ouvriers perdent leur emploi. Au bout du compte, la somme de loisir est la même dans ce cas-ci que dans l’autre, sauf que la moitié des individus concernés en sont réduits à l’oisiveté totale, tandis que l’autre moitié continue à trop travailler. On garantit ainsi que le loisir, par ailleurs inévitable, sera cause de misère pour tout le monde plutôt que d’être une source de bonheur universel. Peut-on imaginer plus absurde ? » (p. 20)


« Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison de persévérer dans notre bêtise indéfiniment » (p. 38)

Bertrand Russel, Éloge de l’oisiveté, Editions Allia.

n.b : le traducteur, Michel Parmentier, précise que les termes « oisiveté » et « loisir » ne permettent pas de saisir précisément la notion évoqué par Russel. Ils ne sont pas aussi proche que la notion latine : « otium ». Pour ma part, je pense que « l’oisiveté » chez Russel ne consiste pas à aller consommer le dimanche, mais plutôt à investir un temps non productif économiquement : par exemple, faire de la musique avec des amis !

Publicités

Il s’agit de rompre avec un système qui nous détruit…

22 octobre 2009

« Aujourd’hui, c’est l’empire des multinationales qui implose sous nos yeux, et la plupart continuent à se lamenter plutôt que de mettre en place une société où la solidarité et le bien commun seraient restaurés. Il s’agit de rompre avec un système qui nous détruit et de bâtir des collectivités et un environnement où il sera donné de commencer à vivre.  […]

En dépit de la répression meurtrière, des exactions et des tortures, la résistance n’a pas cessé à Oaxaca. Le feu est entretenu sous la cendre. Le mouvement des barricadiers, des libertaires et des communautés indiennes s’est débarassé des ordures gauchistes – lélino-trotskysto-maoïstes – qui prétendaient récupérer le mouvement. Les choses sont claires et quand le combat reprendra, il sera sans crainte et sans ambiguïté. En revanche, en Europe, où l’on ne fusille plus personne, ce qui domine c’est la peur et la servitude volontaire. Le système financier s’écroule et les gens sont encore prêts à payer leurs impôts pour renflouer les caisses vidées par les escrocs qu’ils ont portés à la tête des Etats. Ici, à la différence d’Oaxaca, les citoyens élisent le boucher qui les conduira à l’abattoir. »

Raoul Vaneigem, octobre 2008.

émeutes

Des extrêmes

6 septembre 2009

C’est un axiome bien connu : il ne faut pas employer le vocabulaire des adversaires. Or, s’il est bien un terme qui les sert, c’est celui d’extrême. Que l’on considère des positions globales sur l’échiquier politique (extrême droite, extrême gauche), ou des prises de positions particulières, sur tel ou tel sujet ; le terme extrême est absolument stérile.

Désigner des convictions politiques comme extrêmes, c’est renvoyer implicitement à une pondération de la social-démocratie (PS, Vert, Modem, UMP, PC…). Or, le PS ou l’UMP sont les forces politiques qui « gèrent » le système, le maintienne et le reproduise. Ce même système qui nous conduit droit dans le mur sur le plan environnemental (notamment). Ainsi, du point de vue écologique, le maintien du système actuel pourrait être considéré, selon la coutume en vigueur, comme extrême… On voit que l’idée d’extrême est fluctuante. Elle ne fait qu’exprimer une position : en fonction du point de vue adopté, la notion d’extrémisme se déplace !

En outre, le terme extrême permet de renvoyer dans les cordes des positions politiques, sans parler de politique. Si certaines positions considérées comme extrêmes sont effectivement condamnables, cette condamnation doit s’opérer par le discours et l’argumentation. Il faut démontrer que les positions adverses sont inconséquentes, et non brandir des mots épouvantails. Des mots épouvantails comme extrémisme, ayatollah vert, fondamentaliste, terroriste, etc. Mots qui font davantage appel à la répétition qu’à l’explication, à l’émotion qu’à la raison.

C’est pourquoi, même les gens trouvant dans l’auto-appellation d’extrême gauche une fin en soi, brandissant ce terme comme une bannière de vérité, ne font en réalité que servir les conservateurs sociaux-démocrates. Dans le terme même qui les désigne, ils impliquent que « les autres » sont pondérés et raisonnables.

Ainsi, pour aller plus loin, Raoul Vaneigem nous rappelle que le terme même de décroissance est encore trop déterminé par ce qu’il condamne : l’économie libérale mondialisée. « Il n’y a pas d’hérésie sans orthodoxie. Le dogme prête son sens aux déviances et les définit par rapport à lui. Le danger de la théorie de la décroissance, c’est qu’elle implique une relation privilégiée avec l’économie alors que l’instauration d’une société véritablement humaine postule la fin de l’économie comme forme d’organisation dominante ; je veux dire la fin d’une économie fondée sur l’exploitation de la nature et de l’homme, et le dépassement d’une économie axée sur un nouveau contrat avec la nature, source d’énergies gratuites et inépuisables » Raoul Vaneigem, La Décroissance, Juin 2009, p.5.

Manuel de l’antitourisme

2 août 2009

Je profites du mois d’août pour partager un extrait de l’excellent petit livre Manuel de l’antitourisme, de Rodolphe Christin, aux éditions Yago, 2008 (ici p. 68-69).

« Nous vivons sous le signe de la mise en production du monde. Celle-ci déploie un imaginaire qui modèlise et rend monnayables espace, rencontres, découvertes, expériences. Ainsi la vie devient une suite d’achats, une trajectoire de péage en péage. Où que l’on soit, l’esprit du tout économique nous inocule la fièvre acheteuse.

http://www.photos-pour-tous.com/photo-53.html

Le tourisme n’éhappe en rien à cette tendance. Pire, il tend à l’appliquer sous toutes les latitudes tout en parlant d’évasion et de contrées préservées. Il ancre sa supercherie sur nos irréductibles désirs. Tandis que des expériences deviennent de facto difficiles, voire impossibles, leur désir demeure, cherchant des vides où exister. Or, les vides s’amenuisent, les taches blanches disparaissent ; cette caractéristique de l’époque frappe de front l’esprit voyageur, pris dans le filet d’un monde étroitement canalisé, administré, cadastré.

L’administration et le management sont des formes contemporaines de colonisation appliquées non seulement à l’extérieur de nos frontières mais aussi à l’intérieur de notre conscience. Elles organisent, armées de méthodes scientifiques ou pseudo-scientifiques, le cadastrage des réalités objectives mais aussi des subjectivités individuelles, dans une entreprise d’infiltration procédurale quasiment totalitaire. Totalitaire car elle entend s’appliquer à tous les domaines de l’existence ; elle outrepasse même les frontières public/privé lorsque non seulement la vie sociale est concernée, mais aussi notre vie intime. Si besoin, des coachs certifiés vous aideront pour cela, outillés d’un arsenal de recettes en tout genre. Ils vous accompagneront dans la vie, avec eux vous devrendrez meilleur… Meilleur parent, meilleur amant, meilleur travailleur, meilleur en tout et partout. C’est ainsi qu’il nous faut apprendre à gérer jusqu’à nos émotions et chercher la performance en toute chose, de notre apparence jusque dans le coeur de notre relation à l’autre.

L’universalisation des fins (croître et se développer) comme des moyens techniques pour les atteindre et des critères d’évaluation des résultats, brouille si bien les notions traditionnelles extérieur/intérieur, dehors/dedans, que l’Occident est désormais partout. Celui-ci est parfaitement délocalisé car disséminé dans toutes les consciences, sur tous les continents.

Cette grande domestication, qui étend un mode d’organisation universaliste à toutes les sociétés, je l’appelle le management du monde. Le management, c’est-à-dire la somme des diverses méthodologies utillisées pour diriger des hommes et des projets. »

Révoltes silencieuses

24 juillet 2009

Loin des douceurs matérielles, des centrales syndicales, des caméras et des micros, des postes qui rapportent, d’une gauche moribonde ou d’une écologie libérale… nous sommes de plus en plus nombreux à nous désaffilier, à déserter, à faire la grève du travail, de la consommation, de la possession ou du pouvoir… qu’il soit médiatique, politique ou matériel.

Toujours plus nombreux, nous nous débarrassons des rêves mortifères d’une société qui n’offre aucune perspective, non parce qu’elle est en « crise », mais parce qu’elle n’a rien à offrir. Rien d’autre qu’un confort anesthésiant ou qu’une hypothétique retraite. Pari risqué, lourd de conséquences, qu’une vie de labeur aliéné : un environnement qui se dégrade chaque jour davantage, tant écologiquement que politiquement. Peu d’entre nous vivrons vieux, compte tenu des pesticides et autres matières chimiques que nous avons ingurgité ; et peu d’entre nous sommes sûr de toucher une retraite, compte tenu du pouvoir qui est en place.

De plus en plus, dans le silence, des individus se détachent d’une certaine vision du monde. Oppositions frontales aux modes de pensées uniques, ne faisant que varier « la longueur de la laisse et la couleur du collier ». Nous quittons le navire pendant qu’il sombre. Et l’orchestre médiatique, pareil à l’orchestre du Titanic, continue de jouer…

FRANCE-JUSTICE-MANIF-TARNAC

Ces révoltes silencieuses ne sont pas sondables ou analysables. Non pas qu’elles soient négligeables, mais parce qu’aucun outil ne permet de les mesurer. Les Rmistes sont des « pauvres » ou des mal-dans-leurs-peaux-sans-travail ! Les outils permettant de rendre compte des désaffilier, des silencieux, des démobilisés n’existent pas.

Aucun espoir à chercher dans les médias. Aucune volonté de se confronter toujours aux mêmes répliques, qui ne font que penser le monde à travers le même prisme dominant. Ici ou là jaillissent des modes de vie différents, discrets, silencieux. Ils n’existent que pour ceux qui savent les voir, ou pour ceux qui sature des rêves mortifères : des ouvriers lassés d’être pris pour des cons, ne se battant plus pour « l’employabilité » ; des Rmistes heureux ; des débrouillards ; des jardiniers ; des bricolos mettant en œuvre leurs savoirs faire…

Vivre sans une épée de Damoclès sur la tête. Ignorer superbement ces patrons qui pensent faire une bonne affaire en bourse, en profitant de la « crise » pour licencier. Ignorer superbement ces journalistes aux ordres. Ignorer superbement les syndicalistes ou les gauchistes trépignant tout en lorgnant un strapontin…

Rupture silencieuse donc, qui ne peut se manifester sans s’attirer la vindicte bien-pensante ou les pogromes médiatiques. Mais vivre nos passions, nos révoltes, nos amitiés.

Miguel Benasayag, Tarnac et l’anti-terrorisme

7 mai 2009

Vingt minutes avec Miguel Benasayag (wikipédia)… Voilà ce que je vous propose. Ce n’est pas grand chose compte tenu du temps moyen des français passé devant la télévision !

J’ai trouvé cette vidéo sur le site de Soutien aux inculpés du 11 Novembre : ici

Petite présentation (venant de Périphéries) de l’auteur   :

« Philosophe et psychanalyste, Miguel Benasayag est aussi un ancien combattant de la guérilla guévariste en Argentine, où il a passé plusieurs années en prison. Depuis son arrivée en France, à sa libération, il réfléchit inlassablement aux moyens de rester fidèle à l’exigence de liberté et de solidarité des luttes révolutionnaires passées, tout en tirant les enseignements de leurs échecs et de leurs errements. Dans Du contre-pouvoir, co-écrit avec Diego Sztulwark, il observe l’émergence d’une nouvelle radicalité désireuse de changer la vie. Et clame que, si on veut préserver la vitalité de ces mouvements, il ne faut surtout pas ressortir du placard les vieux schémas révolutionnaires… C’est à la révolution dans la révolution, à la puissance contre le pouvoir, au savoir contre l’information, que Miguel Benasayag nous invite : il ne faut pas, écrit-il, se préparer à prendre le pouvoir, attendre de grands soirs en obéissant à des « maîtres libérateurs » ; il faut, dans l’immédiat et sans attendre de lendemains qui chantent, chercher tout à la fois la puissance et la connaissance. […] « La résistance alternative sera puissante dans la mesure où elle abandonnera le piège de l’attente », lit-on dans le « Manifeste du réseau de résistance alternative » lancé par son collectif « Malgré Tout » »

Retrouvez la vidéo sur Dailymotion :

Miguel Benasayag, Tarnac et l’anti-terrorisme
envoyé par luismiguel2000Up-to-the minute news videos.

Raoul Vaneigem

23 avril 2009

 » Je tiens pour contraire à la volonté d’autonomie individuelle le sentiment, nécessairement désespéré, d’être en proie à une conjuration universelle de circonstances hostiles. Le négatif est l’alibi d’une résignation à n’être jamais soi, à ne saisir jamais sa propre richesse de vie.

J’ai préféré fonder sur les désirs une lucidité qui, éclairant chaque instant le combat du vivant contre la mort, révoque le plus sûrement la logique de dépérissement de la marchandise […].

Le fléchissement d’un profit tiré de l’exploitation et de la destruction de la nature à déterminé, à la fin du XXe siècle, le développement d’un néo-capitalisme écologique et de nouveaux mode de production. La rentabilité du vivant ne mise plus sur son épuisement mais sur sa reconstruction. La conscience de la vie à créer progresse parce que le sens des choses y contribue. Jamais les désirs, rendus à leur enfance, n’ont disposé en chacun d’une telle puissance de briser ce qui les inverse, les nie, les réifie en objets marchands.

Il arrive aujourd’hui ce qu’aucune imagination n’avait osé soutenir : le processus d’alchimie individuelle n’aboutit à rien de moins qu’à la transmutation de l’histoire inhumaine en réalisation de l’humain. « 

Raoul Vaneigem, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, Gallimard, Paris, 1992, Préface à la seconde édition, p.17-18.

La déculturation publicitaire

23 avril 2009

Je voudrais aborder ici un phénomène propre au système capitaliste, et une de ses grandes forces : c’est sa capacité de réappropriation. Rien de nouveau me direz-vous ! C’est exact, mais je pense qu’il est bon – de temps en temps – de répéter certaines critiques sur le fonctionnement de notre société. En effet, le quotidien nous fait parfois perdre de vue certains traits de ce système…

Cette réappropriation concerne plus particulièrement le domaine des arts, qu’il soit musical ou picturale.

Quand on entend le nom de Picasso, on pense à une voiture ; quand on entend Roméo et Juliette de Prokofiev, on associe cette musique à un parfum ; il en est de même avec le Boléro de Ravel associé à une assurance… les exemples sont légions, inutile de continuer. Le problème ici n’est pas de débattre sur la qualité artistique de Picasso. Il est tout à fait légitime de trouver le travail de Picasso mauvais. Ce qui importe, c’est bien que des hommes, des artistes ou des œuvres soient détournés à des fins mercantiles ! On peut trouver que Picasso est un « mauvais » peintre, mais il n’a jamais peint pour vendre des voitures ! Le minimum de respect que l’on puisse exiger est bien de respecter l’intégrité artistique d’hommes ou de femmes qui ont consacrés leur vie à l’art. Ils n’ont pas cherchés à vendre des produits, leur démarche était toute autre.

Or, à chaque fois que la publicité détourne des œuvres artistiques ou des artistes, c’est une partie de notre patrimoine artistique commun qui s’évanouit. En effet, nous associons maintenant une œuvre à un produit, à une marque… N’est-il pas extrêmement triste de ne plus pouvoir entendre un morceau de musique sans être « pollué » par le nom d’une marque ? La musique et la marque ayant été répété suffisamment, elles sont dorénavant indissociables ! L’art et les artistes – qui participent à une dimension essentielle de l’homme – sont ramenés à la seule dimension mercantile. L’humain, pour les « pubeux » ne doit pas être autre chose qu’un consommateur. L’art, qui fait appelle à l’imagination, à la beauté, à l’émotion… est utilisé pour être détournées. L’art est nié, piétiné, utilisé sans considération aucune pour la démarche initiale de l’artiste !

A ce stade se pose un problème de droit. Si certains artistes vivants choisissent de vendre leur travail pour la publicité, ils en ont parfaitement le droit. Ce que je propose et ce que je souhaite, c’est que les morts ne soient plus utilisés, même si leur descendance autorise une utilisation mercantile de leurs œuvres. Les œuvres ne pourrait et ne devraient être utilisé que si l’artiste en donne expressément l’accord. L’idéal, à défaut de bannir la publicité dans son ensemble, serait que toute publicité ne soit conçue qu’avec des œuvres originales spécialement conçues pour la publicité. Ainsi, notre patrimoine artistique ne serait plus pollué par des gens qui n’ont pour seul objectif que de faire de l’argent, et d’enfermer les humains dans la seule dimension consumériste.

Du terrorisme !

21 avril 2009

L’affaire des « neuf de Tarnac », écroués pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » est des plus inquiétantes. Si rien n’est encore prouvé, et indépendamment des auteurs réels de ces actes, vouloir accuser de terrorisme ces actes de sabotage est disproportionné. Cet évènement illustre les glissements sémantiques qui opèrent envers toute personne qui s’oppose à l’ordre des choses telles qu’elles sont. Glissements effectués tant par certains responsables politiques ou juridiques que journalistiques.

Pour mieux comprendre ce glissement, revenons à la conception commune de terrorisme, c’est-à-dire celle qui est véhiculée par l’emploi du terme (mais pas nécessairement par l’acception juridique). Voici la définition du terrorisme selon l’Encyclopædia Universalis : « La terreur est un état, une peur exacerbée, mais, depuis la Révolution française, c’est aussi un régime politique, voire un procédé de gouvernement, permettant au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes et d’effroi collectif, ceux qui lui résistent. Le terrorisme, quant à lui, s’il est d’abord action, n’en recouvre pas moins une notion voisine puisque, dépassant souvent le stade de l’initiative ponctuelle pour devenir une véritable stratégie, il postule l’emploi systématique de la violence, pour impressionner soit des individus afin d’en tirer profit, soit, plus généralement, des populations, soumises alors, dans un but politique, à un climat d’insécurité. Dans l’un et l’autre cas, il a pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion, comme le souligne Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations, avec les effets physiques produits et les moyens utilisés ».

Donc, relativement à cette définition, le fait de stopper un train n’a rien de « terroriste », dans la mesure où il ne peut occasionner que des « désagréments » ; car si quelques personnes arrivent en retard à leur travail, cela n’a pas « pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion […] avec les effets physiques produits et les moyens utilisés ».

Ce « décalage » sémantique intentionné, que l’on retrouve lors des grèves (« les usagers sont pris en otage »), relayé une fois encore par les responsables politiques et les journalistes, doit attirer notre attention sur la volonté de discréditer et de criminaliser toute forme de contestation, instituée ou non.

Cependant, le réel étant plus complexe que nos dirigeants le souhaiteraient, le fait de mettre en lumière cet évènement semble avoir l’effet inverse de ce qu’ils désiraient. Si leur volonté était de couper la tête de l’hydre contestataire « anarcho-autonome », force est de constater que des têtes repoussent. Certes, il n’y a  plus de sabotage des voies ferrées, mais ici ou là s’organisent des comités de soutien, ici ou là des débats sur la légitimité des actes illégaux, ici ou là des discussions sur les connivences politico-journalistiques, ici ou là certains livres se vendent beaucoup plus…

Les faucheurs volontaires avaient déjà réussi à remettre la question de la désobéissance civile au cœur de la politique (de gauche et non institutionnelle j’entends…). Il est fort à parier que plus le droit de grève sera rogné, que plus les positions des gouvernants discréditeront les contestations légitimes, plus ces questions de sabotage et de désobéissance auront une grande place. Les victoires de nos aïeux pour conquérir les droits dont nous jouissons aujourd’hui ne se sont pas faîtes avec les mots seuls, ni avec les voies légales, n’en déplaise aux syndicats et autres partis ! S’il n’est pas question ici de faire l’apologie béate de l’illégalisme, il est bien question de penser l’émancipation indépendamment d’un cadre juridique circonstancié !

Retrouvez ici le site : Soutien aux inculpés du 11 novembre.

Lutte des classes !

20 avril 2009

En ces temps de crise, les masques tombent… il est plus difficile de masquer les vrais clivages… et les intérêts de classe. Fillon est-il crédible quand il annonce ce soir même (19.03.09), à propos des Français dans la rue  : « J’agis pour les défendre et les protéger » (Libération) ?

Différents tenanciers du pouvoir déclarent, ici ou là, que les « les retraités de la fonction publique sont inutiles« … (E. Woerth). Que « la liberté de pensée s’arrête là où commence le code du travail »… (L. Parisot). On sait que l’argent va aux banques quand le besoin s’en fait sentir, tandis qu’ont n’ose pas toucher au bouclier fiscal pour aider les plus humbles !

Nous sommes nombreux à mesurer la dimension de cette lutte des classes. Cette période que nous vivons et que certains appellent la « révolution conservatrice » :

« L’auteur [Didier Eribon, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, Léo Scheer, Paris, 2007, 160 pages, 15 euros.] cible en particulier des intellectuels « néoconservateurs » proches de l’Institut Raymond Aron et des revues Le Débat, Commentaire ou Esprit (François Furet, Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon). Leur rôle apparaît d’autant moins négligeable qu’ils disposent, depuis les années 1980, de puissants réseaux sociaux (la Fondation Saint-Simon jusqu’en 1999, Sciences Po, etc.) et de relais médiatiques influents dans la presse réputée de gauche (Le Nouvel Observateur, Libération…). […] Appelant sans relâche à un dépassement du clivage gauche-droite, à une gauche « moderne », c’est-à-dire « réconciliée avec les entreprises », ces intellectuels se sont employés à disqualifier les lectures conflictuelles du monde social, en termes de classes, afin d’y substituer des visions plus dépolitisantes. « Ce qu’ils ont voulu produire, écrit Eribon, c’est ce que Sartre appelait la “sérialité” : les individus les uns à côté des autres mais chacun séparé de tous les autres, et subissant en silence toutes les formes d’oppression. » (Le Monde Diplomatique).

Si ces intellectuels (François Furet, Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon…) ont effectué un réel travail idéologique, force est de constater que les syndicats, depuis un moment déjà, assurent également un rôle de tampon social, qui sert à canaliser les « grognes » (c’est-à-dire que les luttes légitimes sont élevées, par de très nombreux journalistes, au niveau d’un simple réflexe défensif canin). Vu le peu de résultat, ont peut considérer qu’ils participent du problème plutôt que de la solution !  L’enjeu des luttes va reposé sur nos capacités à lutter sans les syndicats (je veux dire leur gestion du conflit), pour obtenir des résultats ! La lutte ne peut plus être symbolique (manifestations, pétitions, etc.), l’heure est trop grave : on démantèle l’État, on arrose les riches, on payent pour les erreurs des magnats de la finance, on détruit la planète… et on espère que les bons princes vont nous faire l’aumône ou ne pas fermer nos usines !

A l’image de ces industriels du disque, incapable de penser un autre modèle économique pour leur secteur, ne restons pas ankylosé dans nos vieux modèles… ne gardons que la fougue de nos aïeux ! Le communisme est mort, vive la lutte des classes !