Eloge de l’oisiveté

Voici deux extraits de texte qui proviennent d’un petit ouvrage de Bertrand Russel, « Éloge de l’oisiveté« . (Disponible aux éditions Allia). Ce texte paru en 1932 est riche d’enseignement et souligne avec force que l’emprise de la consommation et de la production n’ont cessé de croître au sein du monde social.


« Supposons qu’à un moment donné, un certains nombre de gens travaillent à fabriquer des épingles. Ils fabriquent autant d’épingles qu’il en faut dans le monde entier, en travaillant, disons, huit heures par jour. Quelqu’un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d’épingles qu’auparavant. Bien, mais le monde n’a pas besoin de deux fois plus d’épingles : les épingles sont déja si bon marché qu’on en achètera quère d’avantage même si elles coûtes moins cher. Dans un monde raisonnable, tous ceux qui sont employés dans cette industrie se mettraient à travailler quatre heures par jour plutôt que huit, et tout irait comme avant. Mais dans le monde réel, on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs. Les gens continuent donc à travailler huit heures par jour, il y a trop d’épingles, des employeurs font faillite, et la moitié des ouvriers perdent leur emploi. Au bout du compte, la somme de loisir est la même dans ce cas-ci que dans l’autre, sauf que la moitié des individus concernés en sont réduits à l’oisiveté totale, tandis que l’autre moitié continue à trop travailler. On garantit ainsi que le loisir, par ailleurs inévitable, sera cause de misère pour tout le monde plutôt que d’être une source de bonheur universel. Peut-on imaginer plus absurde ? » (p. 20)


« Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison de persévérer dans notre bêtise indéfiniment » (p. 38)

Bertrand Russel, Éloge de l’oisiveté, Editions Allia.

n.b : le traducteur, Michel Parmentier, précise que les termes « oisiveté » et « loisir » ne permettent pas de saisir précisément la notion évoqué par Russel. Ils ne sont pas aussi proche que la notion latine : « otium ». Pour ma part, je pense que « l’oisiveté » chez Russel ne consiste pas à aller consommer le dimanche, mais plutôt à investir un temps non productif économiquement : par exemple, faire de la musique avec des amis !

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