Contre le bonheur normalisé

By excroissance
Le texte suivant a été écrit par François Brune, il est extrait du livre De l’idéologie, aujourd’hui (p.187-188) paru chez Parangon en 2004.

Pour une société de frugalité : quelques lignes de posistion

” Réapprendre  la gratuité des échanges. Être sceptique devant toute promesse de bonheur qui puisse venir d’autre chose que du Sens (ce “sens” pouvant être, devant les dons quotidiens de la nature, dans la sagesse de la saveur). Accepter enfin les manques inévitables sans les vivres  comme des frustrations intolérables. Car la frugalité à l’échelon planétaire obligera au grand partage, et si l’Occident cesse d’externaliser le labeur et la peine, il faudra bien qu’il reprenne sa part : nous seront alors conduits à retrouver un savoir vivre collectif de la privation (équitablement répartie, évidemment !), sachant que toute peine peut-être joyeuse quand elle est solidaire.


[...] Fondamentalement, c’est à une reconquête du temps personnel que nous sommes confrontés. Un temps qualitatif. Un temps qui cultive la lenteur et la contemplation, en étant libéré de la pensée du produit (dans Le Meilleur des Mondes, on n’a le droit de s’adonner qu’aux loisirs qui font consommer). Vivre un temps qui ait du sens sans l’argent, des parcours qui aient du sens sans carburants, et des loisirs qui chantent sans les trépidations de l’envie. Savoir être inutile, pour rester disponible à tout ce qui n’est pas utilitaire. Et ainsi, retrouver l’art de ” cueillir le temps présent ” (Carpe diem) en l’ouvrant à toutes les dimensions (personnelles, collectives, esthétiques, spirituelles) d’une existence humaine, et non sur le mode tragique de la dévoration suicidaire.

Et cela implique naturellement un enracinement culturel profond, qui recueille et revivifie nos valeurs en voie d’oubli “.

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