Du terrorisme !

By excroissance

L’affaire des « neuf de Tarnac », écroués pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste” est des plus inquiétantes. Si rien n’est encore prouvé, et indépendamment des auteurs réels de ces actes, vouloir accuser de terrorisme ces actes de sabotage est disproportionné. Cet évènement illustre les glissements sémantiques qui opèrent envers toute personne qui s’oppose à l’ordre des choses telles qu’elles sont. Glissements effectués tant par certains responsables politiques ou juridiques que journalistiques.

Pour mieux comprendre ce glissement, revenons à la conception commune de terrorisme, c’est-à-dire celle qui est véhiculée par l’emploi du terme (mais pas nécessairement par l’acception juridique). Voici la définition du terrorisme selon l’Encyclopædia Universalis : « La terreur est un état, une peur exacerbée, mais, depuis la Révolution française, c’est aussi un régime politique, voire un procédé de gouvernement, permettant au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes et d’effroi collectif, ceux qui lui résistent. Le terrorisme, quant à lui, s’il est d’abord action, n’en recouvre pas moins une notion voisine puisque, dépassant souvent le stade de l’initiative ponctuelle pour devenir une véritable stratégie, il postule l’emploi systématique de la violence, pour impressionner soit des individus afin d’en tirer profit, soit, plus généralement, des populations, soumises alors, dans un but politique, à un climat d’insécurité. Dans l’un et l’autre cas, il a pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion, comme le souligne Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations, avec les effets physiques produits et les moyens utilisés ».

Donc, relativement à cette définition, le fait de stopper un train n’a rien de « terroriste », dans la mesure où il ne peut occasionner que des « désagréments » ; car si quelques personnes arrivent en retard à leur travail, cela n’a pas « pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion […] avec les effets physiques produits et les moyens utilisés ».

Ce « décalage » sémantique intentionné, que l’on retrouve lors des grèves (« les usagers sont pris en otage »), relayé une fois encore par les responsables politiques et les journalistes, doit attirer notre attention sur la volonté de discréditer et de criminaliser toute forme de contestation, instituée ou non.

Cependant, le réel étant plus complexe que nos dirigeants le souhaiteraient, le fait de mettre en lumière cet évènement semble avoir l’effet inverse de ce qu’ils désiraient. Si leur volonté était de couper la tête de l’hydre contestataire « anarcho-autonome », force est de constater que des têtes repoussent. Certes, il n’y a  plus de sabotage des voies ferrées, mais ici ou là s’organisent des comités de soutien, ici ou là des débats sur la légitimité des actes illégaux, ici ou là des discussions sur les connivences politico-journalistiques, ici ou là certains livres se vendent beaucoup plus…

Les faucheurs volontaires avaient déjà réussi à remettre la question de la désobéissance civile au cœur de la politique (de gauche et non institutionnelle j’entends…). Il est fort à parier que plus le droit de grève sera rogné, que plus les positions des gouvernants discréditeront les contestations légitimes, plus ces questions de sabotage et de désobéissance auront une grande place. Les victoires de nos aïeux pour conquérir les droits dont nous jouissons aujourd’hui ne se sont pas faîtes avec les mots seuls, ni avec les voies légales, n’en déplaise aux syndicats et autres partis ! S’il n’est pas question ici de faire l’apologie béate de l’illégalisme, il est bien question de penser l’émancipation indépendamment d’un cadre juridique circonstancié !

Retrouvez ici le site : Soutien aux inculpés du 11 novembre.

Mots-clefs : ,

Laisser un commentaire